Une catégorie identitaire peut exister sans reconnaissance officielle, ni cadre juridique, ni consensus scientifique. Certains termes circulent dans des communautés en ligne avant de s’inscrire dans le vocabulaire courant. La qualification de « néogenre » suscite débats, controverses et réinterprétations, même au sein des milieux militants.
Les institutions médicales ne s’accordent pas toujours sur les critères définissant ces identités émergentes. Des plateformes sociales imposent parfois des restrictions sur l’usage de certains mots, alors que des forums spécialisés encouragent l’invention de nouvelles terminologies. Ce phénomène bouleverse les modèles classiques de classification du genre.
Néogenre : un concept émergent au croisement des identités contemporaines
La notion de néogenre s’inscrit dans le sillage des évolutions récentes autour des identités de genre. Rien n’y est figé : elle invite à repenser la manière dont les sociétés humaines façonnent, déconstruisent puis réinventent leurs propres catégories. David Graeber et David Wengrow, dans leur ouvrage Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité, rappellent que l’histoire du genre et celle des sociétés humaines ne suivent pas une trajectoire unique. Ce sont des choix collectifs, des expériences, parfois des ruptures franches qui dessinent les contours de nos appartenances.La critique indigène, portée, par exemple, par Kondiaronk, Huron-Wendat, a profondément influencé la pensée européenne. En inspirant les philosophes des Lumières, elle a contribué à l’émergence des principes de liberté, égalité, fraternité. Ce dialogue entre peuples autochtones d’Amérique du Nord et intellectuels européens a ouvert la voie à une remise en cause des hiérarchies établies et du modèle binaire. Les néogenres, en remettant en question les catégories imposées, s’inscrivent dans cette dynamique de transformation intellectuelle.
Voici quelques points qui illustrent ce renouvellement :
- Les sociétés humaines n’ont jamais cessé d’explorer de nouvelles façons de s’organiser et de s’identifier.
- Les idées de liberté et d’égalité, issues des Lumières et nourries par la critique indigène, imprègnent encore aujourd’hui les débats sur le genre.
- Le néogenre témoigne de la créativité collective, capable d’inventer des formes d’appartenance inédites, loin des récits figés de l’évolutionnisme.
Le concept de néogenre, qui circule entre sphères militantes, académiques et espaces en ligne, s’inscrit donc dans une histoire longue, faite de confrontations et de dialogues. Ce mouvement met en avant la diversité des vécus humains, bouscule l’autorité des institutions et invite à repenser la légitimité des classifications traditionnelles.
Pourquoi le néogenre suscite-t-il autant de débats et d’interrogations ?
La controverse autour du néogenre va bien au-delà d’une question d’identité individuelle. Elle touche à la racine même de la binarité de genre et, par extension, aux mécanismes de domination qui structurent nos sociétés. Lorsqu’il s’impose dans l’espace public, le néogenre vient perturber l’ordre établi, dérangeant ceux qui tiennent au récit évolutionniste, ce récit qui présente la domination comme une fatalité. Graeber et Wengrow soulignent que l’histoire humaine n’est pas dictée par la biologie, mais par des choix, des alternatives, souvent effacées de la mémoire collective.Le débat ne reste pas cantonné à l’université. Il infuse les médias, les réseaux sociaux, les institutions, révélant la persistance d’une violence symbolique : refus, discrédit, caricature des identités qui ne rentrent pas dans les cases. Cette résistance traduit le poids des dispositifs de contrôle de l’information : organiser le débat, imposer des catégories, gommer la multiplicité des réalités. La domination se joue aussi dans le langage, à travers le contrôle du discours, le pouvoir conféré aux figures d’autorité, ou les règles qui établissent ce qui est recevable.Pour mieux comprendre, voici ce qui structure cette tension :
- Le récit évolutionniste naturalise la hiérarchie et entrave la reconnaissance des alternatives.
- La violence prend bien des formes : exclusion, invisibilisation, pathologisation.
- La bureaucratie, quant à elle, peut servir l’égalité comme renforcer la domination.
À travers la remise en cause de la binarité, le néogenre s’inscrit dans une lutte plus large : celle contre l’uniformisation, pour la reconnaissance des marges et des possibles.
Entre innovation sociale et défis personnels : ce que révèle l’expérience du néogenre
Vivre le néogenre, ce n’est pas seulement repenser l’identité de genre. C’est aussi s’inscrire dans une dynamique où innovation sociale et subversion personnelle se répondent. Les sociétés humaines n’ont jamais été figées : elles oscillent entre hiérarchie et égalitarisme, comme le montrent les exemples de Çatal Höyük ou de Teotihuacan, évoqués par Graeber et Wengrow. Ces villes antiques prouvent qu’il est possible d’imaginer des cités égalitaires, loin de l’idée reçue d’une évolution inévitable vers plus de domination.L’expérience du néogenre aujourd’hui fait écho à des tentatives menées dans des espaces comme la ZAD : on y cherche de nouvelles façons de vivre ensemble, à l’écart des normes dictées par l’État-Nation moderne. Ces lieux, à la fois précaires et inventifs, questionnent la légitimité de la propriété foncière et la place du collectif face à l’individu. Entre modèles de chasseurs-cueilleurs et sociétés agricoles, entre villes égalitaires et administrations centralisées, chacun explore la possibilité de choisir, de bifurquer, de résister.Mais vivre le néogenre, c’est aussi faire face à des défis personnels majeurs : il faut négocier son rapport à soi, affronter la bureaucratie, composer avec la violence symbolique. Cette expérience, intime et politique à la fois, s’ancre dans la longue histoire des sociétés humaines, qui n’ont jamais cessé d’expérimenter et de remettre en question les modèles dominants.
Perspectives d’avenir : comment le néogenre pourrait transformer notre rapport au genre
L’essor du néogenre remet en question les fondements de nos structures sociales et de nos modes de pensée. Là où la binarité de genre semblait indétrônable, de nouvelles identités, de nouveaux récits émergent. Cette pluralité redéfinit le vivre-ensemble, esquisse d’autres manières d’envisager la liberté, l’égalité, la fraternité. L’anthropologie, avec des voix comme Graeber ou Wengrow, rappelle que l’histoire humaine n’avance pas sur un rail, mais suit mille détours, mille expérimentations.Les grandes institutions de la bureaucratie internationale, FMI, Banque mondiale, banques d’affaires, évoluent lentement face à ces bouleversements. Leur inertie contraste avec l’énergie des mouvements qui portent le néogenre et ouvrent de nouveaux horizons pour l’anthropologie du genre. Des penseurs tels qu’Alessandro Pignocchi ou Baptiste Morizot explorent de nouvelles manières d’être vivant, parfois en s’inspirant du rapport aux non-humains, afin de réinventer les cadres collectifs.
Trois dynamiques dessinent les transformations en cours :
- Changement des normes sociales
- Ouverture à l’expérimentation identitaire
- Remise en cause de la bureaucratie traditionnelle
Le néogenre s’impose alors comme le terrain d’une transformation sociale profonde et plurielle. Le rapport au genre se décline désormais au pluriel. Reste à créer les conditions d’un espace où chacun puisse choisir, refuser l’uniformité, et affirmer la légitimité de toutes les façons d’être. Le mouvement est lancé ; impossible désormais de l’ignorer ou de le contenir dans de vieilles cases.


